« Foulpointe »: 50, long, kilomètres vers la plage

Une eau tranquille, une mer apaisée, une plage de sable s’étendant à des kilomètres, c’est un des lieux de vacances de prédilections de la population des villes de Madagascar : Foulpointe. Site historique pour la défense de la frontière de Madagascar, aujourd’hui c’est beaucoup plus un site de vacances, de fêtes, de tourisme… de farniente quoi.

Tout ceci, c’est la carte postale qui est vendue au seul nom de Foulpointe, petite localité excentré du poumon économique de la ville Toamasina. La quasi totalité du trafic maritime passe par cette ville ou dirais-je par ce gros port… et donc confère à la ville de Tamatave, nom non malgache, un intérêt très important dans le devenir du pays.

Ce n’est pas un blog économique et encore moins un post sur la finance, vous me connaissez pour ne pas m’épancher sur ce genre sujet, donc parlons plutôt du trajet Toamasina/Foulpointe.

Foulpointe et la route ne font pas la paire

Vas-y que je démontre encore une fois l’importance des routes dans le développement d‘un pays, vas-y que je te démontre encore une fois l’importance du tourisme à Foulpointe, à Madagascar, vas-y que je te démontre simplement un calcul mental évident pour tous que 6,281+1,826 = 8,107… et tout ceci me conduit à la conclusion qu’au mieux tes moyens sont à la hauteur de tes richesses, au mieux tes richesses seront valorisées et généreront plus de valeur dans le temps, cqfd, non ?

Oui, 50 petits kilomètres séparent les deux points et ce n’est pas totalement une ligne droite mais cela y ressemble tout de même et on aurait souhaité que cela le soit, bien qu’en réalité cela ne le soit pas. Vous me suivez ? Donc 50 kilomètres vers Foulpointe, sur une route soit-disant bitumée, se parcours en 2h30 ou 3h00, oui, une moyenne de la vitesse du véhicule de 20 km/h ou 17 km/h, c’est un marathon ? Une course à pieds ? Vous ne rêvez-pas, c’est normal, c’est difficile à croire, mais c’est normal dans nos contrés dites du mora-mora.

Je vous ai dit que la route était bitumée ? Bon c’est un peu fort comme définition mais en tout cas c’est beaucoup moins fort que de dire que c’est une route secondaire, en terre, en pavé… 2h30 de trajet et il faut le vivre pour y croire, comme j’y suis allé plus d’une fois et que cela doit être rapporté en haut lieux car c’est une question de vie ou de mort, n’est-il pas ? je me porte volontaire pour râler à vos yeux ces faits.

Un petit trou et puis s’en va pas

D’abord le tronçon est truffé de trous, de bouts de route plein de crevasse et de travaux. J’ai dénombré au moins 4 endroits où des travaux sont en cours. Vas-y que je perde du temps à faire passer le véhicule sur le coté droit ou le côté gauche de la route. Et qui dit route, dit double sens minimum, et vas-y qu’une queue se fasse en plein milieu de la forêt.

Comme le bord de route n’est pas fait pour le passage incessant de véhicule vers Foulpointe, il est normal que le chemin se creuse. Les voitures s’engouffrent tout en confiance dans ces trous, faut dire qu’il n’y a que des connaisseurs, même les yeux fermés, ces chauffeurs de taxi-brousse ne craignent rien. Leur voitures ne sont pas des bijoux de 4*4 mais au moins ils connaissent le moindre bruit de leur monture, bien que extrêmement polluant pour les tympans, pour eux, leur véhicule est normal.

En parlant de bruit, c’est tellement un tintamarre que de voyager en taxi-brousse qu’il est impossible de passer un coup de fil sans que la quinzaine de personne autour de toi, ne soient au courant que tu prépares le hold-up du siècle pour dévaliser le vendeur de bonbon coco du coin.

Ainsi, tu perds nonchalamment du temps pour dévier de la route en mauvais état, tu ne gagnes pas non plus de temps pour faire la queue sur les tronçons où des travaux sont en cours.

Le gang des képis ? non des pickpokets

Ce n’est pas tout, eh non, t’imagines pas que seuls ces petites déviations vont rallonger de plus d’une heure le trajet de Foulpointe ? En fait, non, il y’a aussi les flics ou bien les gendarmes ou bien les policiers… je ne sais plus comment les appeler ni comment les reconnaître. Je suis sûr d’une chose, en taxi-brousse, ils passent par la case STOP. Pas moyen d’y échapper, ils, se sont les pauvres camions et les pauvres taxi-brousse qui ne peuvent s’y soustraire à ce stop et le plus étonnant c’est que les papiers des véhicules ne semblent pas être au centre des attentions. Des billets d’ariary savamment dissimulés, vont de pomme de la main à pomme de la main. Le tout d’une manière normale, sans états d’âme pour le donneur comme pour le receveur.

Ayant vu le manège, c’est 2 billets de 1,000 ariary pour le chauffeur de taxi-brousse. Et la précision est de taille, 2 billets, pas un billet de 1,000 ariary ou bien un billet de 2,000 ariary mais je dis bien 2 billets de 1,000 ariary. Pourquoi ? Je n’en sais rien, parce que les flics sont comme les bras, ou les jambes ou comme les couilles ou les yeux… il vont toujours par paire. Pourquoi 2 billets de 1,000 ariary ? Je n’en sais rien, pour être que c’est agréable au toucher ? Ou bien c’est pour compter rapidement le montant sans pour autant y jeter un œil ?

Car cela se passe bien évidement au moment de la transmission des papiers du véhicule et les voyageurs ont tous les yeux rivés sur le flic qui retarde notre arrivée vers les plages de Foulpointe, vers le calme apaisant de la mer sans vague, du farniente… etc

Imaginez la route de 50 kilomètres, 6 points quasi obligatoire de halte police, de soit disant point de contrôle, de versement d’un péage su de tous et pourtant non inscrit dans la loi routière du coin.

Un petit calcul qui ne servira à rien est à faire. Le coût d’un ticket en taxi-brousse est de 6,000 ariary, à raison de 15 passagers maximum sur tout le trajet, ce péage bizarroïde vaut à lui tout seul 2 passagers. Le chauffeur devra l’inclure dans ses frais, au même titre que le carburant 15,000 ariary l’aller, donc cela équivaut à un passager. Parle t-on du salaire journalier de l’aide chauffeur que l’on appelle gentiment le receveur ? Et parle t-on des intermédiaires qui contribuent au remplissage du taxi-brouse ? Ce sont les crieurs et les rabatteurs, ils ne vont pas travailler pour les beaux yeux du chauffeur, même si, ici, le paiement en nature n’est pas interdit, mais bon, cela ne nous regarde pas.

Finalement en une journée, ce commerce ne rapporte pas beaucoup, et là tu commences à comprendre les raisons de la pauvreté en général et en particulier de la non réparation apportée au véhicule, à l’outil de travail.

C’est beau et c’est loin en heure, pas en kilomètre

Est-ce que le charme d’une destination touristique, est conférée par le coté sauvage ou bien naturel du chemin qui y mène ? Je ne peux pas être d’accord et en même temps je le suis.

  • Comme le disent si souvent la gente féminine, il faut souffrir pour être belle.
  • Comme le dirais tout philosophe épicurien qui a vécu, souffrir à n’importe quel moment de sa vie donne plus de sens et de plaisir quand on atteint son but (ouaip je raconte du n’importe quoi, c’est une réflexion de mon cru).

Et donc cette petite route de 50 kilomètres qui t’amène vers la douce mer de la cote Est est semé d’embûches désagréables, pas insurmontables, pas invivables et encore moins mortelles car ce n’est pas toi mais ceux qui t’entourent qui le vivent. Toi, tu subi, ouaip, tu subi sans possibilité d’intervenir comme un féru de football qui se tire les cheveux quand son équipe manque un but, perd un match…

Au final, oui, il faut y aller à Foulpointe, ayant déjà fait le trajet à plusieurs reprise, j’y retourne autant que je le peux car on y mange bien, cuisine fait maison et fruits de mer à gogo, sur la plage et les pieds dans le sable ; on s’y repose bien sous ces parasols multicolores, bancales et fait maison, fait pour la plage ; on s’y baigne sans appréhension de l’eau car elle y est aussi calme qu’un lac avec le goût du salé en plus.

Oui, faites-y un tour comme le reste de la population, frotter-vous à la réalité sans gros véhicule privé, climatisé, à l’abri de tout le tohu-bohu dérangeant mais supportable du peuple local.

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